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Châssis 45538
Une des rares survivantes de la génération qui ramena Delahaye à la compétition


Histoire de Delahaye
L’histoire de Delahaye est celle d’un des plus anciens constructeurs automobiles français et, surtout, d’une remarquable métamorphose. Émile Delahaye construit ses premières automobiles à Tours à la fin du XIXe siècle et engage très tôt ses voitures en compétition, participant lui-même à Paris-Marseille-Paris en 1896. À partir de 1898, l’activité est transférée à Paris sous l’impulsion de Georges Morane et Léon Desmarais. Pendant plus de trois décennies, Delahaye bâtit sa réputation sur la qualité de ses fabrications et la robustesse de ses automobiles, mais aussi de ses camions, véhicules d’incendie et moteurs industriels.
Le véritable tournant intervient en 1933. Dans un marché profondément bouleversé par la crise, la famille Morane choisit d’orienter la marque vers le prestige et la grande compétition. Sous l’impulsion des ingénieurs Amédée Varlet puis Jean François et de Charles Weiffenbach, dit « Monsieur Charles », responsable des fabrications et du programme sportif, Delahaye développe une nouvelle génération d’automobiles rapides, puissantes et élégantes. L’intégration de Delage en 1935 renforce encore ce positionnement.
Cette évolution coïncide avec l’âge d’or de la carrosserie française. Vendus en châssis nus, les Delahaye deviennent le terrain d’expression privilégié des plus grands noms: Chapron, Figoni & Falaschi, Saoutchik, Letourneur & Marchand, Labourdette, Autobineau, Antem, Guilloré ou Dubos. Roadsters, cabriolets, coaches aérodynamiques et carrosseries de concours vont donner à Delahaye une image où la performance mécanique se conjugue avec l’élégance française. La Type 135 en deviendra l’expression la plus célèbre, mais cette histoire commence réellement avec la 138.

Le retour à la compétition : de la 138 Superluxe à la 138 Sport
Présentée en 1933, la Type 138 Superluxe marque la première étape de ce renouveau. Son six-cylindres de 3 227 cm³ et son châssis moderne offrent à Delahaye une base idéale pour revenir aux épreuves sportives. Dès 1934, encouragé par les performances du modèle, le service compétition prépare des voitures destinées aux grandes épreuves routières, notamment sous l’influence des époux Lucy et Laury Schell et avec le pilote maison Albert Perrot.
La 138 Sport associe le six-cylindres de la 138 Superluxe au châssis léger et raccourci de la Type 134. Avec 2,86 m d’empattement, un châssis semi-surbaissé et, dans sa définition la plus performante, trois carburateurs portant la puissance à environ 100 ch, elle ne dépasse guère 850 kg et peut atteindre 150 km/h. Pour une automobile française du milieu des années trente, le rapport poids-puissance est remarquable.
Delahaye choisit Montlhéry pour en démontrer le potentiel. Une 138 spécialement profilée par Figoni & Falaschi y atteint environ 193 km/h. Du 8 au 10 mai 1934, Armand Girod, Marcel Dhôme et Albert Perrot battent quatre records du monde et onze records internationaux, parcourant notamment 10 000 kilomètres à 168,527 km/h de moyenne. L’écho de ces performances est considérable et installe durablement Delahaye parmi les marques sportives françaises.

La Coupe des Alpes
La même année, Delahaye engage trois 138 Sport à la Coupe Internationale des Alpes, l’une des épreuves routières les plus exigeantes d’Europe. Les voitures de Perrot, Dhôme et Girod remportent la Coupe par équipes. Cette victoire est suffisamment marquante pour que l’appellation « Coupe des Alpes » soit bientôt associée aux versions les plus performantes de la gamme.
La 138 Sport devient ainsi bien davantage qu’un modèle de transition. Elle est le laboratoire sur lequel Delahaye valide la formule qui fera sa réputation: un six-cylindres puissant et endurant, un châssis relativement léger, une excellente tenue de route et la capacité à soutenir des vitesses élevées pendant de longues heures.

La 135 : l’aboutissement sportif
À partir du Salon 1935, les dernières 138 Sport sont de plus en plus souvent désignées sous le nom de 135 Sport. Il s’agit moins d’une rupture que d’une évolution continue. La 135 reprend les principes développés sur la 138 et les pousse progressivement plus loin, avec des versions Sport, Coupe des Alpes, Compétition et, surtout, la 135 Spécial.
Produite à seulement 16 exemplaires entre la fin de 1935 et le début de 1936, la Type 135 Spécial « S » constitue la version la plus radicale de cette évolution. Son châssis très surbaissé ne mesure plus que 2,70 m d’empattement et son moteur Type 103 est poussé au maximum de ses possibilités. En configuration Sport, la voiture peut atteindre environ 185 km/h. Engagées par l’usine, l’Écurie Bleue et plusieurs pilotes privés, les 135 S bâtissent leur réputation sur leur solidité et leur endurance.
Les noms de Laury Schell, René Le Bègue, Robert Brunet, Albert Divo, Eugène Chaboud, Jean Trémoulet, Yves Giraud-Cabantous ou Louis Villeneuve sont alors étroitement associés à Delahaye. Les succès s’accumulent dans les grandes épreuves routières et sur circuit. Cette progression trouve son apogée aux 24 Heures du Mans 1938 : Eugène Chaboud et Jean Trémoulet remportent l’épreuve sur Delahaye 135 S/CS, devant une autre Delahaye, tandis qu’une troisième termine quatrième. La 135 MS, apparue à partir de 1938, transpose ensuite sur route une partie de l’expérience acquise avec ces prestigieuses voitures de compétition.

Les quatre Delahaye de Jacques Ambaud
C’est précisément à cette période charnière, alors que la 138 Sport ouvre la voie à la future 135, qu’apparaît Jacques Ambaud. Riche sportsman marseillais et amateur de compétition, il passe en juin 1935 une commande assez exceptionnelle: quatre Delahaye 138 Sport, toutes carrossées par Chapron et immatriculées à Paris le même jour sous quatre numéros consécutifs.
Les registres et recherches historiques permettent aujourd’hui d’identifier cette petite série: châssis 45533 – 6200 RJ 8; châssis 45538 – 6201 RJ 8; châssis 45496 – 6202 RJ 8; châssis 45537 – 6203 RJ 8. Les quatre voitures seront engagées quelques mois plus tard au Rallye Monte-Carlo 1936, confirmant la vocation sportive de cette commande particulièrement inhabituelle.
Notre voiture est la seconde de cette série: châssis 45538, immatriculée 6201 RJ 8.

45538 : une 138 Sport née pour courir
Construite en juin 1935, 45538 appartient aux dernières évolutions de la Type 138 Sport, au moment même où Delahaye fait progressivement évoluer son appellation vers celle de 135 Sport.
Sa configuration est caractéristique des 138 Sport « Coupe des Alpes » de seconde série: châssis court semi-surbaissé de 2,86 m d’empattement, conduite à droite et roues de 18 pouces. Sous le capot prend place le six-cylindres en ligne Delahaye de 3 227 cm³, avec un alésage de 80 mm et une course de 107 mm. Dans sa définition « Coupe des Alpes », il est alimenté par trois carburateurs, pour une puissance d’environ 100 ch. La transmission est assurée par une boîte mécanique à quatre rapports, entraînant les roues arrière, tandis que le freinage repose sur quatre tambours à commande mécanique. Dans cette configuration, les 138 Sport pouvaient approcher les 150 km/h.
Chapron habille 45538 d’une carrosserie sportive particulièrement dépouillée. Il ne s’agit donc pas simplement d’une Delahaye de tourisme rendue plus performante, mais d’une voiture appartenant à cette première génération de châssis sur lesquels Delahaye construit véritablement son retour à la compétition. Et Ambaud ne tarde pas à l’utiliser comme telle.
 
De Marseille à Monte-Carlo
À peine quelques mois après sa livraison, 45538 est préparée pour l’un des rendez-vous majeurs de la saison: le Rallye Monte-Carlo 1936. Le Monte-Carlo de l’époque est avant tout une formidable épreuve d’endurance. Les concurrents s’élancent de différents points d’Europe pour rejoindre Monaco après plusieurs milliers de kilomètres, souvent parcourus dans la neige, le brouillard et le verglas. La résistance des voitures compte autant que la vitesse de leurs pilotes.
Jacques Ambaud prend lui-même le volant de 45538 et, fait assez remarquable, entreprend le parcours seul à bord. Les photographies d’époque nous permettent aujourd’hui de retrouver Ambaud devant sa Delahaye puis en action sur les routes du rallye. Sa participation est loin d’être symbolique : au terme de l’épreuve, Jacques Ambaud et 45538 terminent à la 12e place du classement général.
Les quatre voitures de la commande Ambaud connaissent des fortunes diverses. L’une d’elles, confiée à Paul et Foch, est notamment victime d’une spectaculaire collision avec un camion. 45538, elle, atteint Monaco et inscrit ainsi, quelques mois seulement après sa construction, une première participation internationale à son histoire.

Une seconde douzième place à Marseille
L’histoire entre Ambaud et sa Delahaye ne s’arrête pas au Monte-Carlo. Le 24 mai 1936, quelques mois seulement après l’arrivée à Monaco, 6201 RJ 8 se présente au départ des 3 Heures de Marseille, disputées sur le circuit de Miramas.
Le contexte a déjà changé. Face à la 138 Sport d’Ambaud apparaissent désormais les nouvelles Delahaye 135 de compétition, beaucoup plus affûtées. La course tourne à la démonstration pour la marque, tandis que Jacques Ambaud poursuit avec sa fidèle 138 Sport. Il termine une nouvelle fois 12e.
Ce résultat est particulièrement intéressant dans l’histoire de 45538: la voiture qui appartient à la génération ayant permis le retour de Delahaye en compétition se retrouve directement confrontée aux nouvelles 135 qui vont bientôt porter les couleurs de la marque au plus haut niveau. 45538 est précisément le témoin de cette transition.

Une seconde vie à Montlhéry
La guerre interrompt naturellement cette première partie de son histoire. Lorsque l’on retrouve ensuite la trace de 45538, son existence a changé, mais elle reste étonnamment fidèle à sa vocation sportive. Après-guerre, la Delahaye rejoint l’AGACI et devient voiture d’entraînement à Montlhéry, utilisée pour la formation de nouveaux pilotes.
Le symbole est assez remarquable. C’est sur le même anneau de Montlhéry que Delahaye avait établi en 1934 ses grands records avec la 138. Une quinzaine d’années plus tard, l’une des survivantes de cette génération revient sur l’autodrome pour apprendre à de jeunes pilotes les rudiments de la conduite sportive. Pour 45538, la compétition laisse ainsi place à l’apprentissage, mais la voiture ne quitte jamais réellement le monde de la course.

De Montlhéry à la collection Pozzoli
Elle rejoint ensuite Serge Pozzoli, et commence alors une autre partie essentielle de son existence: celle de sa préservation. Historien, journaliste, collectionneur et grand connaisseur de l’automobile française, Pozzoli fait partie de cette première génération d’amateurs qui sauvent des voitures historiques à une époque où celles-ci n’ont encore ni la reconnaissance ni la valeur qu’elles acquerront quelques décennies plus tard.
Pour une ancienne voiture de compétition des années trente, ce passage est déterminant. À une époque où beaucoup de voitures comparables sont transformées, recarrossées ou simplement abandonnées, 45538 entre dans une collection constituée par un homme qui comprend déjà l’importance de son histoire. Elle reste ensuite brièvement dans la famille en passant à Flavien Marçais, petit-fils de Serge Pozzoli, avant de rejoindre la collection de Pierre Honegger.

De Pierre Honegger à aujourd’hui
Pierre Honegger conserve à son tour la Delahaye avant de la céder à François Cointreau, autre nom bien connu des amateurs de grandes automobiles françaises d’avant-guerre. Collectionneur et professionnel de l’automobile ancienne, particulièrement familier des Delahaye, François Cointreau s’inscrit naturellement dans la succession des propriétaires qui ont permis à 45538 de parvenir jusqu’à nous.
Il la cède finalement à son propriétaire actuel. Plus de quatre-vingt-dix ans après sa construction, la voiture conserve ainsi une histoire particulièrement lisible: née chez Delahaye en juin 1935, carrossée par Chapron pour Jacques Ambaud, engagée presque immédiatement en compétition, utilisée après-guerre à Montlhéry, puis préservée successivement par quelques-uns des grands amateurs français de voitures historiques.
Au cours des dix dernières années, la Carrosserie Cointreau a entrepris un travail minutieux afin de restituer à la 138 Sport certaines de ses spécificités d’époque, notamment sa face avant caractéristique et les coffres à outils intégrés aux ailes arrière, tout en préservant le reste de sa carrosserie, demeuré d’origine. La voiture a ensuite été confiée à Raphaël Rondoni, chez Ventoux Moteurs, avec un objectif clair : lui rendre pleinement les qualités sportives qui avaient fait sa réputation en compétition. Un chantier mécanique ambitieux a ainsi été mené, comprenant la reconstruction du moteur et de la boîte de vitesses ainsi que la réfection des suspensions et du pont arrière. Des travaux importants qui permettent aujourd’hui à 45538 d’allier la préservation de sa substance historique aux performances et au comportement attendus d’une authentique Delahaye 138 Sport.

Une rare survivante de la naissance des Delahaye de compétition
L’intérêt de 45538 ne tient finalement pas à un seul élément de son histoire, mais à la réunion de tous ces éléments. Son identité est connue depuis l’origine. Son premier propriétaire, son immatriculation 6201 RJ 8 et sa carrosserie Chapron sont documentés. Sa participation au Monte-Carlo 1936, conclu à la 12e place, est attestée par les classements d’époque. Quelques mois plus tard, elle obtient à nouveau une 12e place aux 3 Heures de Marseille. Sa provenance est ensuite suivie à travers l’AGACI, Serge Pozzoli, Flavien Marçais, Pierre Honegger, François Cointreau et son propriétaire actuel.
Mais surtout, elle appartient à une génération devenue extrêmement rare. 45538 est née à l’instant précis où Delahaye est en train de changer de dimension. La 138 Sport vient de gagner ses lettres de noblesse dans la Coupe des Alpes et sur l’anneau de Montlhéry. La 135 est sur le point d’apparaître. Les seize 135 Spécial vont bientôt porter la marque sur les plus grandes courses européennes, avant que Delahaye ne connaisse l’apogée de cette aventure sportive avec sa victoire aux 24 Heures du Mans 1938.


The Delahaye Story
The story of Delahaye is that of one of France’s oldest motor manufacturers and, above all, of a remarkable transformation. Émile Delahaye built his first automobiles in Tours at the end of the nineteenth century and was quick to enter them in competition, personally taking part in the Paris–Marseille–Paris race in 1896. From 1898 onwards, the company’s activities were transferred to Paris under the direction of Georges Morane and Léon Desmarais. For more than three decades, Delahaye built its reputation on the quality and robustness of its automobiles, but also of its trucks, fire engines and industrial engines.
The real turning point came in 1933. In a market profoundly affected by the economic crisis, the Morane family decided to reposition the marque towards prestige and top-level competition. Under engineers Amédée Varlet and later Jean François, together with Charles Weiffenbach – known as “Monsieur Charles” – who oversaw both production and the competition programme, Delahaye developed a new generation of fast, powerful and elegant automobiles. The incorporation of Delage in 1935 further reinforced this new direction.
This evolution coincided with the golden age of French coachbuilding. Sold as bare chassis, Delahayes became a favoured canvas for some of the greatest names in the business: Chapron, Figoni & Falaschi, Saoutchik, Letourneur & Marchand, Labourdette, Autobineau, Antem, Guilloré and Dubos. Roadsters, cabriolets, streamlined coupés and concours bodies established an image in which mechanical performance was inseparable from French elegance. The Type 135 would become its most celebrated expression, but the story truly began with the 138.

The Return to Competition: From the 138 Superluxe to the 138 Sport
Introduced in 1933, the Type 138 Superluxe marked the first stage in this renaissance. Its 3,227cc six-cylinder engine and modern chassis gave Delahaye an ideal foundation on which to return to competition. From 1934 onwards, encouraged by the model’s performance, the competition department prepared cars for major road events, notably under the influence of Lucy and Laury Schell and with works driver Albert Perrot.
The 138 Sport combined the six-cylinder engine of the 138 Superluxe with the lighter, shortened chassis of the Type 134. With a 2.86-metre wheelbase, a semi-lowered chassis and, in its most powerful specification, three carburettors producing approximately 100 bhp, it weighed little more than 850 kg and was capable of reaching 150 km/h. For a French automobile of the mid-1930s, its power-to-weight ratio was remarkable.
Delahaye chose Montlhéry to demonstrate its potential. A specially streamlined 138 by Figoni & Falaschi reached approximately 193 km/h there. Between 8 and 10 May 1934, Armand Girod, Marcel Dhôme and Albert Perrot established four world records and eleven international records, including covering 10,000 kilometres at an average speed of 168.527 km/h. The impact of these performances was considerable and firmly established Delahaye among France’s leading sporting marques.

The Coupe des Alpes
That same year, Delahaye entered three 138 Sports in the International Alpine Rally, one of Europe’s most demanding road events. The cars driven by Perrot, Dhôme and Girod won the team prize. The achievement was significant enough for the name “Coupe des Alpes” soon to become associated with the most sporting versions of the Delahaye range.
The 138 Sport was therefore far more than a transitional model. It was the car on which Delahaye validated the formula that would define its reputation: a powerful and durable six-cylinder engine, a relatively lightweight chassis, excellent road holding and the ability to sustain high speeds for hours at a time.

The 135: The Sporting Culmination
From the 1935 Paris Motor Show onwards, the final 138 Sports were increasingly referred to as 135 Sports. This was less a clean break than a continuous evolution. The 135 retained the principles established by the 138 and progressively developed them further through the Sport, Coupe des Alpes, Compétition and, above all, 135 Spécial versions.
Produced in just sixteen examples between late 1935 and early 1936, the Type 135 Spécial “S” represented the most radical development of this evolution. Its deeply lowered chassis had a wheelbase of only 2.70 metres, while its Type 103 engine was developed to the limits of its potential. In competition specification, the car could reach approximately 185 km/h. Entered by the factory, Écurie Bleue and a number of private drivers, the 135 S built its reputation on strength and endurance.
The names of Laury Schell, René Le Bègue, Robert Brunet, Albert Divo, Eugène Chaboud, Jean Trémoulet, Yves Giraud-Cabantous and Louis Villeneuve became closely associated with Delahaye. Success followed in major road races and on circuits. This progression reached its zenith at the 1938 24 Hours of Le Mans, where Eugène Chaboud and Jean Trémoulet won in a Delahaye 135 S/CS, ahead of another Delahaye, while a third finished fourth. Introduced from 1938 onwards, the 135 MS would subsequently transfer some of the experience gained with these prestigious competition cars to the road.

Jacques Ambaud’s Four Delahayes
It was precisely during this pivotal period, as the 138 Sport paved the way for the future 135, that Jacques Ambaud entered the story. A wealthy Marseille sportsman and enthusiastic competitor, in June 1935 he placed an exceptional order for four Delahaye 138 Sports, all bodied by Chapron and registered in Paris on the same day under four consecutive registration numbers.
Historical records and subsequent research have made it possible to identify this small series: chassis 45533 – 6200 RJ 8; chassis 45538 – 6201 RJ 8; chassis 45496 – 6202 RJ 8; and chassis 45537 – 6203 RJ 8. All four cars would be entered a few months later in the 1936 Monte Carlo Rally, confirming the distinctly sporting purpose behind this unusual order.
The car presented here is the second of the four: chassis 45538, registered 6201 RJ 8.

45538: A 138 Sport Born to Race
Built in June 1935, chassis 45538 belongs to the final development phase of the Type 138 Sport, at the very moment when Delahaye was progressively adopting the 135 Sport designation.
Its specification is characteristic of the second-series 138 Sport “Coupe des Alpes”: a short, semi-lowered chassis with a 2.86-metre wheelbase, right-hand drive and 18-inch wheels. Beneath the bonnet sits Delahaye’s 3,227cc inline six-cylinder engine, with an 80 mm bore and 107 mm stroke. In “Coupe des Alpes” specification, it is fed by three carburettors and develops approximately 100 bhp. Power is transmitted to the rear wheels through a four-speed manual gearbox, while braking is provided by mechanically operated drums on all four wheels. In this configuration, the 138 Sport was capable of approaching 150 km/h.
Chapron clothed 45538 in a particularly purposeful sporting body. This was therefore not simply a touring Delahaye modified for greater performance, but a car belonging to the first generation of chassis on which Delahaye genuinely built its return to competition. Ambaud wasted little time in using it accordingly.

From Marseille to Monte Carlo
Only a few months after delivery, 45538 was prepared for one of the major events of the season: the 1936 Monte Carlo Rally. At the time, the Monte Carlo was above all a formidable test of endurance. Competitors started from various points across Europe and converged on Monaco after several thousand kilometres, often driven through snow, fog and ice. The durability of the cars mattered every bit as much as the speed of their drivers.
Jacques Ambaud himself took the wheel of 45538 and, remarkably, undertook the route alone. Period photographs allow us today to identify Ambaud standing beside his Delahaye and later in action on the rally. His participation was far from symbolic: at the finish, Jacques Ambaud and 45538 placed 12th overall.
The four cars from Ambaud’s order experienced differing fortunes. One, driven by Paul and Foch, was involved in a spectacular collision with a lorry. Chassis 45538, however, reached Monaco and, only a few months after its construction, added its first international competition appearance to its history.

Another 12th Place at Marseille
Ambaud’s competition history with his Delahaye did not end at Monte Carlo. On 24 May 1936, only a few months after the finish in Monaco, 6201 RJ 8 lined up for the 3 Hours of Marseille, held on the Miramas circuit.
By then, the landscape had already begun to change. Alongside Ambaud’s 138 Sport appeared the new competition Delahaye 135s, considerably more developed machines. The race became a demonstration of the marque’s potential, while Jacques Ambaud continued with his faithful 138 Sport. Once again, he finished 12th.
This result is particularly significant in the history of chassis 45538. The car belonged to the generation that had enabled Delahaye’s return to competition, yet it now found itself racing directly against the new 135s that would soon carry the marque to the highest level. Chassis 45538 is, quite literally, a witness to that transition.

A Second Life at Montlhéry
The war naturally interrupted the first chapter of its history. When 45538 reappeared after the conflict, its role had changed, yet it remained remarkably faithful to its sporting vocation. The Delahaye joined the AGACI and became a training car at Montlhéry, used to teach a new generation of drivers.
There is a certain poetry to this. It was on the very same Montlhéry banking that Delahaye had established its great records with the 138 in 1934. Some fifteen years later, one of the surviving cars from that generation returned to the autodrome to teach young drivers the fundamentals of sporting driving. For 45538, competition had given way to instruction, but the car never truly left the world of motor racing.

From Montlhéry to the Pozzoli Collection
The car subsequently passed to Serge Pozzoli, beginning another essential chapter in its life: that of preservation. A historian, journalist, collector and leading authority on French automobiles, Pozzoli belonged to the first generation of enthusiasts who preserved historic cars at a time when they had yet to acquire either the recognition or the value they would enjoy several decades later.
For a pre-war competition car, this period was crucial. At a time when many comparable automobiles were being modified, rebodied or simply abandoned, 45538 entered the collection of a man who already understood the importance of its history. It later remained briefly within the family, passing to Serge Pozzoli’s grandson, Flavien Marçais, before joining the collection of Pierre Honegger.
 
From Pierre Honegger to the Present Day
Pierre Honegger subsequently retained the Delahaye before selling it to François Cointreau, another familiar name among enthusiasts of important pre-war French automobiles. A collector and historic-car professional with particular knowledge of Delahaye, François Cointreau naturally forms part of the succession of custodians who have enabled 45538 to survive to the present day.
He eventually sold the car to its current owner. More than ninety years after it was built, the Delahaye therefore retains a remarkably clear history: built by Delahaye in June 1935, bodied by Chapron for Jacques Ambaud, entered almost immediately in competition, used after the war at Montlhéry and subsequently preserved by several of France’s most knowledgeable historic-car enthusiasts.
Over the past ten years, Carrosserie Cointreau has carried out painstaking work to reinstate a number of the 138 Sport’s original period features, including its distinctive front end and the toolboxes integrated into the rear wings, while preserving the remainder of its original bodywork. The car was then entrusted to Raphaël Rondoni at Ventoux Moteurs with a clear objective: to restore fully the sporting qualities that had defined its competition career. An extensive mechanical programme followed, including the rebuilding of the engine and gearbox together with the refurbishment of the suspension and rear axle. The result is that chassis 45538 today combines the preservation of its historic fabric with the performance and dynamic qualities expected of an authentic Delahaye 138 Sport.

A Rare Survivor from the Birth of Delahaye’s Competition Era
The significance of chassis 45538 ultimately lies not in any single aspect of its history, but in the combination of them all. Its identity has been known from new. Its first owner, Paris registration 6201 RJ 8 and Chapron bodywork are documented. Its participation in the 1936 Monte Carlo Rally, where it finished 12th overall, is confirmed by period results. A few months later, it again finished 12th in the 3 Hours of Marseille. Its subsequent provenance can then be traced through the AGACI, Serge Pozzoli, Flavien Marçais, Pierre Honegger, François Cointreau and its current owner.
Above all, however, it belongs to a generation that has become exceptionally rare. Chassis 45538 was built at the precise moment when Delahaye was entering a new era. The 138 Sport had just earned its sporting credentials in the Coupe des Alpes and on the banking at Montlhéry. The 135 was about to appear. The sixteen 135 Spécials would soon carry the marque into Europe’s greatest races, before Delahaye reached the pinnacle of this extraordinary sporting adventure with victory at the 1938 24 Hours of Le Mans.

 

P.S.D. €


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DELAHAYE 138 "Coupe des Alpes" 1935